TIC, Culture et Tradition en Afrique
Un chef traditionnel camerounais s’est distingué lors de la dernière conférence internationale eLearning Africa 2011, Dar Es Salaam, Tanzanie, 25-27 mai ; Gaston Donnat Bappa (photo eLearning Africa ci-contre), à la fois ingénieur informaticien et chef de village, est bien connu pour sa capacité à allier « Tradition et Modernité » ; voici quelques extraits de l’interview qu’il a accordée aux organisateurs de la conférence.
Très présent dans tous les débats, il a insisté une nouvelle fois sur la nécessité impérieuse pour l’Afrique de préserver sa culture traditionnelle, qu’il caractérise ainsi : « L’Afrique est riche d’une myriade de langages, chacun portant les savoirs millénaires des hommes … Elle est riche de ses peuples indigènes et originels, de sa culture orale, de ses histoires et de ses conteurs, de ses griots et de ses proverbes, de ses mythes, ses légendes, ses totems, de ses sorciers et de ses patriarches, de son folklore, de ses connections avec ceux qui ne sont plus, de sa pharmacopée dont l’efficacité commence à être reconnue, de son art et de son artisanat… Tout autant de trésors qu’il faut sauver ! » Et plus loin, il déplore que cette culture traditionnelle soit « en train de s’évanouir en laissant démunis tous les africains qui vivent éparpillés dans des villes et des pays du monde … Sans les repères que pourrait leur apporter cette culture, ils essaient de construire leur vie uniquement en s’appuyant sur les modèles des lieux où ils finissent par s’enraciner, sans réaliser que leurs fondations originelles sont construites selon une architecture différente … »
Pour préserver cette culture, le chef Bappa ne prêche pas un repli sur le passé, ni un rejet du progrès, bien au contraire : « Désormais, les formes traditionnelles africaines de communication, principalement la transmission orale, les tamtams, les messagers humains ou les signaux de fumée sont appelés à disparaître … », en bon ingénieur qu’il est aussi, il appelle à passer progressivement à « des media modernes tels que l’écrit, la radio, le téléphone, la télévision, l’ordinateur et par extension, Internet. »
Enfin, il propose « La constitution de bibliothèques rurales dans un certain nombre de lieux d’expression et de conservation de la tradition que sont les chefferies, les cases de palabres, les habitats des patriarches, les musées, qui seront progressivement dotés d’ordinateurs, que l’on connectera plus tard aux centres régionaux et nationaux, et au monde. Ces bibliothèques rurales particulières pourront alors remplir les missions de service public qui sont dévolues aux bibliothèques normales et qui consistent à élaborer et préserver des contenus divers et variés et à offrir un accès équitable, ouvert et peu coûteux, voire gratuit, à ces contenus, y compris sous forme numérique, pour faciliter l’enseignement formel et informel, la recherche et l’innovation ».
Voilà un message plein d’espoir pour l’Afrique… témoignant d’une grande sagesse à contre courant des postures adoptées par de trop nombreux décideurs qui considèrent que l’avenir de l’Afrique passe par le mimétisme et le “copier/coller”, de ce qui se fait “de mieux” dans la culture occidentale !








































